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Toussaint
L'Ouverture

Discours
de Wendell Phillips Décembre 1861, à New York et à Boston
Traduction
par le Docteur Letances
Mesdames
et Messieurs,
A l'origine,
aux premiers temps de son commerce, elle fut occupée par des
flibustiers français et espagnols, quelque chose comme les
pirates de nos jours. L'Espagnol en prit les deux tiers, à
l'est; le Français, le tiers, à l'ouest, et ils y établirent
peu à peu leurs colonies. La partie française, à laquelle
appartient mon histoire, devint la colonie favorite de la
mère-patrie. Munie d'importants privilèges, enrichie par les
rejetons de familles opulentes, aidée par l'incomparable fertilité
du sol, elle devint de bonne heure le plus riche joyau de
la couronne des Bourbons, et, dans la periode sur laquelle
j'appelle votre attention, vers l'époque de notre Constitution,
1789, ses richesses étaient presque incroyables.
La race
blanche, efféminée, rivalisait, par ses gouts, avec les sybarites
de l'Antiquité; sa vie de mollesse et de luxe éclipsait les
splendeurs de Versailles, et ses dépenses somptueuses ne peuvent
être comparées qu'aux plus folles prodigalités des Césars.
A cette époque, l'île contenait environ trente mille blancs,
vingt à trente mille mulâtres, et cinq cent mille esclaves.
La traite se faisait activement. On y importait environ vingt-cinq
mille noirs par an, et cette importation suffisait à peine
à remplir les vides que laissait dans leurs rangs la culture
mortelle de la canne, pour la production d'une année. Les
mulâtres étaient, comme chez nous, les fils des planteurs;
mais les planteurs français n'oubliaient jamais, comme il
arrive parmi nous, que les fils de la femme esclave étaient
leurs fils. Hors leur nom, ils leur donnaient tout: fortune,
riches plantations et troupeaux d'esclaves; ils envoyaient
les jeunes gens à Paris, pour y faire leur éducation, et ils
faisaient venir les professeurs les plus distingués pour instruire
leurs filles. De cette manière, en 1790, la race des mulâtres
se trouvait en possession dans l'île, d'un quart des biens
meubles et d'un tiers des propriétés foncières. Mais, malgré
son éducation et sa richese, le mulâtre, comme chez nous,
devait s'incliner sous le joug. Soumis à des contributions
exceptionnelles, il ne pouvait occuper aucun emploi public,
et s'il était convaincu d'un crime, il était puni d'un double
châtiment. Son fils ne pouvait pas s'asseoir, à l'école, sur
le même banc que les fils des blancs. Il ne pouvait pas entrer
dans une église où un blanc était en prières; il était obligé,
s'il arrivait à la ville à chreview, de mettre pied à terre
et de conduire sa monture par la bride, et après sa mort,
son corps ne pouvait pas reposer sous la même poussière où
gisaient les restes d'un blanc. Telles étaient la race blanche
et la race mulâtre; un voile léger de civilisation sous lequel
apparaissait la queue épaisse et noire de cinq cent mille
esclaves.
Ce fut
sur cette population, [le blanc livré aux plaisirs des sens,
le mulâtre d'autant plus vivement blessé par sa dégradation
qu'il était plus éclairé et plus opulent, l'esclave sombré
et taciturne, impassible à des luttes et à des pertubations
qui passaient dans l'atmosphère, au-dessus de sa tête], ce
fut sur cette population qu'éclata en 1789, aux éclairs de
la foudre, la tempête de la Révolution Française. Les premières
paroles qui arrivèrent à l'île furent celles dont composa
sa devise le club jacobin: "Liberté, Egalité". Le blanc les
écouta en frémissant d'épouvante. Il venait de lire que le
sang coulait dans les rues de Paris. L'esclave les entendit
avec indifférence; le choc avait lieu dans les régions supérieures,
entre des races différentes de la sienne et qui ne le touchaient
pas. Les mulâtres les recurent avec une joie que ne put réprimer
la crainte des autres classes. Ils formèrent, à la hâte, des
assemblées, envoyèrent à Paris une commission pour représenter
leur corps tout entier, firent déposer à la barre de l'Assemblée
Nationale le libre don de six millions de francs et engagèrent
le cinquième de leurs revenus annuels pour le paiement de
la dette de la nation. Ils demandèrent seulement, en retour,
que le joug de mépris qui pesait sur eux comme hommes et comme
citoyens fût à jamais brisé....suite...»
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