HAÏTI : LES CONTRECOUPS DES SANCTIONS INTERNATIONALES

Lyn Francois, Faculté De Droit De Limoges (France).

Heritagekonpa Magazine

Paris- Haïti connaîtra-t-il un jour la stabilité politique et le progrès économique ? La question est sérieuse si l'on considère l'état de crise permanente qui caractérise la Première République Noire. Bien entendu, la médiocrité de notre classe politique qui préfère de tout temps recourir à la violence plutôt qu'au dialogue pour résoudre les différents conflits sociaux semble expliquer le drame perpétuel de la société haïtienne. Pour autant, cela ne doit pas faire oublier le caractère néfaste des sanctions économiques décidées par la Communauté internationale,souvent, à la demande de l'opposition politique du moment, et qui ont un effet désastreux sur l'économie nationale et sur le bon fonctionnement des institutions démocratiques.


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Cette politique aveugle de sanctions économiques ne date pas d'hier. En effet, dès le lendemain de la proclamation de son indépendance, la jeune République Noire a vite été mise en quarantaine par les puissances esclavagistes de l'époque cherchant ainsi à éviter tout effet contagieux de la " Révolution haïtienne ". Cette absence de coopération internationale va considérablement affaiblir la fragile économie de la Nouvelle République qui verra s'évanouir son "rêve de modernité ".Le coup de grâce viendra de la réclamation par l'Etat français d'une forte indemnité de réparation que le pays mettra plus d'un siècle à honorer et dont la restitution est exigée par l'actuel gouvernement haïtien.

Deux siècles après, la politique de " sanctions économiques " de la Communauté internationale demeure inchangée et la guerre civile qui menace aujourd'hui la société haïtienne en est une des conséquences tragiques. Poussant son hypocrisie ou son cynisme à l'extrême, cette même Communauté internationale fait semblant, soudainement, de découvrir la catastrophe humanitaire qui frappe une bonne partie du pays et promet une " aide alimentaire d'urgence ".

Le peuple haïtien mérite-t-il un tel traitement? Que faut-il penser de l'attitude des autorités américaines qui ont déjà pris des mesures afin d'accueillir les réfugiés haïtiens au camp de Guantanamo? Cette réponse américaine est-elle à la hauteur de la grande détresse de ces femmes et hommes qui cherchent souvent à offrir un peu d'espoir à leurs progénitures ? Ce que réclame le peuple haïtien, ce ne sont pas les vieux remèdes - aides ponctuelles financières ou alimentaires-mais une véritable politique de coopération durable fondée sur le respect et la solidarité. La France semble avoir pris la mesure de l'attente du peuple haïtien en demandant à une commission de faire des propositions destinées à renforcer les relations franco-haïtiennes. Puisse cette belle initiative être suivie d'actes concrets .



À PROPOS DE LA FÊTE DU CENTENAIRE

BY Dr. Rosalvo Bobo, 1903

 

Haïtiens, vous parlez de fêter le centenaire de votre Liberté. Ce n'est vraiment pas ingénieux comme trouvaille d'occasion de nouvelles fantasmagories.

Je suis fatigué, ô mes compatriotes, de nos stupidités. Faisons grâce au monde, qui nous sait exister, de caricatures révoltantes.

Un peu de vergogne, voyons, à défaut de grandeur morale.

Centenaire de notre liberté ?

  • Non. Centenaire de l'esclavage du nègre par le nègre.
  • Centenaire de nos égarements, de nos bassesses et, au milieu de vanités incessantes, de notre rétrocession systématique.
  • Centenaire de nos haines fraternelles, de notre triple impuissance morale,sociale et politique.
  • Centenaire de nos entre assassinats dans nos villes et savanes.
  • Centenaire de nos vices, de nos crimes politiques.
  • Centenaire de tout ce qu'il peut y avoir de plus odieux au sein d'un groupement d'hommes.
  • Centenaire de tout ce qu'il peut y avoir de plus odieux au sein d'un groupement d'hommes.
  • Centenaire de la ruine d'un pays par la misère et la saleté.

Centenaire de l'humiliation et de la déchéance peut-être définitive de la race noire, par la fraction haïtienne, cela s'entend. Je vous en prie, n'allons pas profaner les noms de ceux-là que nous appelons aussi pompeusement que bêtement NOS AÏEUX.

C'est assez d'être traîtres, n'allons pas à l'imposture. Voyons, mes amis, un peu de calme et de conscience. Puisque nous avons cent ans, que sommes-nous ?

C'est une vieille prétention de croire que nous sommes quelque chose aux yeux du monde civilisé Eh bien, NON ! Il faut se placer en pleine Europe pour se faire une idée de notre petitesse. Petit lieu lointain habité par des nègres.

Les plus curieux savent que nous avons une légère teinte de civilisation française. Quelle faveur! L'immense reste se contente de nous savoir sauvages. Entre nous, quand j'entends ces mots "Peuple haïtien", "Nation haïtienne",il se produit en moi un débordement d'ironie.

Non, mes amis, "des groupes, des individus isolés régis par un groupe stigmatisé, du nom de GOUVERNEMENT". Et comme, au point de vue de la chose commune, nous avons, par suite de graves dislocations dans le groupement primitif, des intérêts, des goûts,des idées, des idéals différents, nous en sommes à vivre chacun comme dans un désert, ne pouvant pas compter sur les forces sociales et politiques, puisque la société et la politique n'existent plus.

La masse peut passer d'un moment à l'autre. Que lui importe d'être fauve, elle ne tient pas à elle-même. L'individu a à se défendre contre la masse. Vive et soit bien qui peut. Mais, attention ! Affiches autour de cette monstrueuse et fatale caricature, guipures du pagne: RÉPUBLIQUE, CHAMBRES, CONSTITUTIONS, LOIS .

Ah! Le mal de la France! Ce doit être un plaisir pour l'orang-outang de rappeler la bête humaine ! Allons ! Rapprochons-nous davantage et causons.

Comme on doit le faire en famille, sans scrupule, sans forfanterie. Ceux d'entre nous qui ont appris à lire un peu dans les grands livres se croient du coup grands. Les belles choses les émerveillent. Et avec un enthousiasme le plus souvent mercantile, ils se mettent, au fur et à mesure qu'ils tournent les pages, à plaquer des grandeurs artificielles sur notre petitesse immuable.

Hélas! Petitesse de nos misérables cerveaux ! Venons-en donc décidément à nous persuader que nous sommes des gens d'en bas, des apprentis capables de besognes déterminées. Nos petitesses uniformes seraient si admirables !

Le génie chez le grand est remplacé par la vanité chez le petit. Avouons que nous avons besoin tout au moins d'un peu d'intelligence à défaut de génie. Et résignons-nous à l'humiliation d'en demander l'aumône aux riches cerveaux de l'humanité d'en haut. Et que mesurons-nous à l'étalon de la moralité ? Maisons publiques, maisons officielles? Bourbiers !

Les plus malins, verrats embusqués dans des formes humaines, en émergeant avec quelques paillettes d'or. Mais le sentiment du beau nous faisant défaut, nous n'en savons pas user.

Et nous sommes depuis cent ans des jouisseurs avides. Des immoraux, des pédants, des orgueilleux ! Par conséquent, des niais et des réfractaires, voilà ce que nous sommes !

Ayons le courage, l'heure est venue, de nous dénoncer tels à nous-mêmes.

Et le 1er janvier 1904, s'il faut quand même faire quelque chose, au lieu de semer les lauriers sur les mânes introuvés de nos aïeux, après avoir passé un siècle à les oublier, à les souiller, à nous moquer outrageusement de leur héroïsme ; au lieu du pourpre et des flammes, nous tendrons un deuil d'un bout à l'autre du pays, en témoignage de notre remords et, la bouche contre terre, tenant chacun un bout de crêpe pendant au drapeau bicolore, nous demanderons pardon à Dessalines, à Toussaint, à Capois, à toute la phalange immortelle de notre histoire.

Pardon de notre ingratitude, de notre esclavage, malgré eux. Pardon de nos folies.

Pardon de nos parjures et de notre croupissement. Et nos pleurs plairont mieux à ces dieux que les fêtes bêtes, déloyales et scandaleuses, qu'à contrecour, par fausse pudeur, nous nous évertuons à leur préparer.

Non. Je proteste de toute la force de mon âme. Nous ne fêterons pas, parce que, pour bâcler ces fêtes, étant misérables,chétifs, sans le sou, il nous faudra encore fouiller dans la bourse du paysan et faire manger au peuple la dernière vache maigre.

Nous ne fêterons pas, parce que, tandis qu'au palais, dans nos salons somptueux, nous viderions la coupe au vin d'or et chanterions ivrogneusement l'an sacré 1804, ce paysan dépouillé, ce peuple miséreux pourrait le maudire. Et leurs malédictions en feraient sortir d'autres du sein de la terre.

Eh bien donc, un peu de vergogne et travaillons à sortir du stupre de tout un siècle. Et s'il nous plaît de commencer bientôt, 1904 ne sera la fête de rien du tout, mais la première année d'existence d'une collectivité de braves gens nègres travaillant modestement et moralement à être un peuple. Et la petite république d'Haïti pourra être une immensité en pleine Europe !

Et le vieux continent pourra se préoccuper, en l'an 2004, du premier centenaire de la GRANDE LIBERTÉ du PEUPLE HAÏTIEN!


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