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La
diplomatie américaine est-elle hors la loi ? Par Lyn FRANÇOIS,
Heritagekona Magazine Page
1 out 2  | | | Respekte
Gran Moun, Reginald Noisette | |
La
polémique autour du départ en exil du président Aristide
ne cesse de s'amplifier exacerbant ainsi la fracture politique du pays et hypothéquant
quelque peu le processus de pacification et de démocratisation de la société
haïtienne. Sans doute, le déchaînement des passions liées
au fait politique en Haïti altère la raison et empêche toute
réflexion sereine sur cet événement majeur : un chef d'Etat,
démocratiquement élu, contraint de renoncer à son mandat
sous la menace d'une insurrection armée et des pressions diplomatiques
de deux puissances étrangères. Des considérations d'ordre
géopolitique permettent logiquement de penser que l'hyperpuissance américaine
a joué un rôle essentiel dans cette affaire, laissant un rôle
secondaire à la France en tant qu'ancienne
puissance coloniale. De prime abord, la gestion critiquable de l'ancien régime
et les atteintes graves aux droits et libertés individuels pourraient justifier
un changement de gouvernement. Néanmoins,
un Etat, aussi importante que puisse être son influence politique, économique,
militaire ou autre, a-t-il le droit d'intervenir dans les affaires politiques
d'un autre Etat souverain sous prétexte de faire respecter les règles
démocratiques ou de la bonne gouvernance ? De plus, est-il juste d'imputer
l'échec économique du pays au seul gouvernement sans tenir compte
de l'impact dévastateur des sanctions économiques internationales?
Politiquement critiquable, la décision de l'administration américaine
d'interrompre le processus démocratique en Haïti ne l'est pas moins
juridiquement. En agissant de la sorte, ladite administration semble s'être
sciemment mise hors la loi dans la mesure où son attitude constitue non
seulement une violation de la Constitution des Etats-Unis (I), mais aussi une
violation des règles de droit international (II).
I) La violation de la Constitution des Etats-Unis
Depuis
plusieurs décennies, la démocratie américaine connaît
un certain déclin aujourd'hui accentué par l'Administration Bush
dont les méthodes s'apparentent étrangement à celles des
régimes totalitaires. Le domaine de la diplomatie illustre parfaitement
un tel constat tant il est vrai que les choix de la politique étrangère
sont subordonnés à un fonctionnement dominé par des intérêts
catégoriels et parfois, sans le moindre souci du respect des règles
constitutionnelles. L'hyperpuissance américaine serait-elle en train de
devenir un Etat délinquant au point de contraindre par les armes un chef
d'Etat étranger démocratiquement élu à la démission?
S'il est très difficile de parler de kidnapping de l'ancien président
haïtien, néanmoins, des indices graves et concordants conduisent à
penser que sa démission a été extorquée, ce qui constitue
bien un crime au sens du droit américain et qui justifierait la mise en
oeuvre de la procédure d'impeachment à l'encontre des responsables.
Le déroulement de ces faits à l'étranger n'exclut en rien
une telle procédure. En effet, statuant dans l'affaire des prisonniers
de Guantanamo, détenus "sans statut juridique" la Cour suprême
des Etats-Unis a clairement censuré l'argument de l'extraterritorialité
de la base invoqué par l'Administration Bush en affirmant que "les
actes du gouvernement des Etats-Unis, où qu'ils se produisent, doivent
être conformes aux lois et à la constitution".
Mais c'est la décision d'engager, sans autorisation préalable du
Congrès, des troupes en Haïti qui semble davantage traduire la désinvolture
de l'actuelle administration américaine à l'égard des règles
constitutionnelles. Est-il encore utile de rappeler l'obligation faite par la
Constitution au président des Etats-unis d'obtenir l'autorisation du Congrès
avant toute opération militaire à l'étranger ? Manifestement,
cette règle n'a pas été respectée sans doute pour
la bonne raison que le Congrès n'était pas prêt à cautionner
un autre théâtre d'opération militaire au moment où
les raisons invoquées pour justifier la guerre en Irak s'évaporent.
L'Administration Bush pourrait s'en défendre en utilisant une technique
employée par le président Truman et qui consiste à qualifier
l'opération "d'action de police" susceptible d' "entrer
dans le cadre de l'autorité constitutionnelle du président".
Néanmoins, il n'empêche que cette jurisprudence du fait du prince
n'a aucun fondement constitutionnel et a pour conséquence de transformer
le Congrès en une véritable chambre d'enregistrement de la politique
diplomatique définie par l'administration. Une telle pratique est d'autant
moins démocratique qu'elle menace tout l'équilibre du régime
présidentiel américain. Comment faut-il expliquer une telle dérive
?
L'une des
principales raisons semble résider dans le fait qu'aux Etats-Unis, la diplomatie
tend à devenir curieusement un "domaine réservé"
de l'administration. Bien que prévue par la constitution, l'autorisation
du Congrès dans certains cas est soigneusement évitée. Henri
Kissinger, à l'époque secrétaire d'Etat et responsable d'une
guerre secrète au Cambodge, expliqua que "les Etats-Unis ne peuvent
pas prendre le risque d'être tenus en laisse. Et ils ne peuvent pas davantage
prendre le risque de perdre". De son côté, le rédacteur
en chef d'un hebdomadaire affirma : "Le Congrès ne doit pas s'en mêler.
Ils vont chicaner, pleurnicher et japper alors qu'ils ne sont même pas capables
de voter un budget". Au fond, le rôle du Congrès se résume
à voter en faveur de la politique diplomatique du président après
avoir été souvent mis devant le fait accompli. Ainsi, la politique
étrangère liée aux questions de la guerre et de la paix est
jugée trop sérieuse pour être soumise à l'arbitrage
d'un débat démocratique quand bien même celui-ci est prévu
par la constitution.
Une
autre raison tient à l'importance de la politique de "sécurité
nationale" depuis les attentats du 11 septembre 2001. Ces tragiques événements
jouent un rôle déterminant dans la politique étrangère
américaine consacrée pour l'essentiel à la lutte contre le
global terrorism mais qui tend à devenir un cimetière pour les droits
et libertés individuels. Aucun congressman ne prendra le risque de s'opposer
à la politique du gouvernement américain sur un sujet considéré
par lui comme central pour la sécurité du pays. Concernant Haïti,
l'enjeu se résume aux "seules questions politiquement sensibles des
réfugiés potentiels et de l'immigration illégale sur le territoire
des Etats-Unis".
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